L'EPOQUE
Entré dans l'histoire politique française presque par effraction, Louis-Napoléon Bonaparte, Président de la République, puis Prince-Président avant d'être Empereur, a orienté les destinées de la France de 1848 à 1870, Parti sur un échec, le désastre de Sedan, le personnage n'a pas, aux yeux des historiens, bonne réputation. Pourtant, le solde du règne ne paraît pas négatif. Dans l'euphorie et la bonne conscience, c'est la société industrielle qui, en réalité, s'est construite. Après le règne un peu sage de Louis-Philippe, la Cour Impériale veut briller de tout l'éclat de sa nouvelle grandeur. Si l'aristocratie de vieille date fait défaut, on y substitue une nouvelle génération fraîchement enrichie. Banquiers, industriels et spéculateurs occupent le haut du pavé.
Un peu à l'écart, mais ostensiblement, les demi-mondaines
mènent la danse. Le menu peuple est misérable. Une classe moyenne, petite bourgeoise, commence à s'installer dans l'aisance et la respectabilité. Jalouse de sa nouvelle position, elle prêche le conservatisme. Après Sedan, elle appuie Thiers pour réprimer l'ébauche d'une révolution prolétarienne. La Troisième République naît du sang de la commune : le capitalisme s'installe.'
Alors que la société industrielle modifie la structure sociale du pays, les villes changent aussi de visage. L'exode des campagnes commence, les agglomérations grossissent et se construisent, on transforme les autres métropoles déjà existantes : Haussmann entreprend d'édifier le Paris d'aujourd'hui, de larges artères irriguent le centre et facilitent les communications.
LE STYLE
Y a-t-il un style Napoléon III ? Si oui, il est fait de diversités et de contradictions. Sinon, il y a une multitude de "styles" qui se juxtaposent durant cette période, se superposent parfois jusqu'à se retrouver sur le même meuble ou le même objet. Pourtant, derrière cet éclectisme triomphant, demeure un je ne sais quoi qui trahit l'époque et en est le reflet. Déjà amorcé sous Louis-Philippe, l'engouement pour tous les styles antérieurs semble la règle avec le Second Empire. On ne cherche pas à créer des meubles nouveaux, mais "à retrouver" des styles qui sont successivement remis à la mode.
Au Louis XIV, on a pris les meubles Boulle avec leurs incrustations de cuivre ou d'écaillé, et aux meubles Louis XV, leurs courbes sveltes et élancées. Le Louis XVI, qu'aimait passionnément l'Impératrice Eugénie, fut, lui aussi, largement mis à contribution. Mises à part les copies "impériales" des meubles de Riesener plus "vraies" que les vraies, les interprétations du Louis XVI empruntent, avec liberté, au style ce qu'il a en lui de plus féminin.
Destiné à une société enrichie qui veut briller et séduire,
le mobilier Napoléon III (et le décor qui va avec) veut avant tout paraître. La richesse de l'ornementation tient lieu de qualité, la sobriété étant, à l'époque, synonyme de pauvreté. Le goût est marqué pour les bois noirs (ébène) ou, plus souvent, poirier noirci avec incrustation de cuivre (technique héritée des meubles "Boulle").
Les énormes progrès de l'industrialisation et la mécanisation de la production changent aussi considérablement le marché. Pour répondre aux besoins d'une couche sociale nouvelle avide de considération, l'industrie produit mécaniquement des meubles aux décors qui se veulent raffinés. Pour abaisser le prix de revient, on fait appel à de nouvelle découvertes, on dore les bronzes par galvanoplastie, on remplace l'argent par le ruolz, on utilise les contre-placages pour éviter au bois de jouer. Ces nouvelles techniques, fortement encouragées par l'Empereur lui-même, n'ont pas toujours bien vieillies Si l'utilisation de la scie mécanique se perçoit dans la sécheresse du tracé, celle de la galvanoplastie, plus redoutable, est responsable de la mauvaise conservation de ces bronzes aujourd'hui dédorés.
En cette seconde moitié du XIXème siècle, on recherche avant
tout l'aise. Même s'ils sont somptueux, les décors doivent se faire intimes. D'où cette profusion de petits meubles qui sont toujours à portée de main pour rendre tel ou tel service. Travailleuses, tables à jeux, tricoteuses et sièges volants (volants signifie légers et donc facilement déplaçables) se répartissent un peu partout dans les pièces. Guéridons et fauteuils encombrent l'espace. On invente des sièges : les vous-et-moi à deux places face à face, et les indiscrets, à trois places, servent à la conversation en aparté alors que la borne centrale permet de s'asseoir sous l'ombre d'un grand palmier. Le tout est noyé sous le capiton et les franges. Le tapissier règne en maître dans l'ameublement. Comme le décor est conçu pour servir et qu'il bouge, on fixe sous les pieds de petites roulettes de bronze pour en faciliter le déplacement.
PRINCIPALES CARACTERISTIQUES
éclectisme des formes,
mélange de styles,
abondance du décor,
utilisation des bois noirs soulignés d'un filet de laiton,
bouquet polychrome sur fond noir,
marqueterie de métal en fleurettes ou en étoiles,
marqueterie d'écaillé, de laiton ou de bois contrastés dans le goût Bouffe,
sièges capitonnés, dossiers de chaises ajourés avec motif découpé.